Jusqu'à -15 sur votre programme Démarrez votre programme à partir de 15 € le 1er mois

Orthosomnie : quand les montres connectées aggravent l’anxiété du sommeil

  |  
Article
Voting

0 avis

0

Vous avez une montre connectée ? Elle peut vous donner de nombreuses informations sur votre nuit : durée du sommeil, temps d’éveil, fréquence cardiaque, voire estimation des différentes phases du sommeil. Mais à force de vouloir tout mesurer, êtes-vous certain de mieux dormir ?

Vous vous réveillez le matin avec l'impression d'avoir plutôt bien dormi.

  |  
Photo
tired woman smartwatch
Sommaire
Body

Vous vous sentez reposé(e), puis vous regardez votre montre connectée : «score de sommeil : 62/100». L'application vous indique également que votre sommeil profond aurait été insuffisant. Quelques secondes plus tard, le doute s'installe : avez-vous finalement mal dormi ?

 

Le problème est qu'un score de sommeil n'a pas de valeur universelle. Il est calculé selon les critères propres à chaque appareil ou application et ne permet pas, à lui seul, de déterminer la qualité réelle d'une nuit. Un score de 62/100 ne signifie donc pas nécessairement que vous avez « mal dormi ». Pourtant, face à un chiffre jugé insuffisant, il peut être tentant de remettre en question son propre ressenti.


Les montres connectées peuvent-elles réellement nous aider à mieux comprendre notre sommeil, ou leur suivi peut-il parfois nous conduire à trop le surveiller ?

Qu'est-ce que l'orthosomnie ?

L'orthosomnie désigne une préoccupation excessive visant à obtenir ou à maintenir un sommeil considéré comme optimal, parfois à partir des données fournies par une montre, une bague ou une application de suivi du sommeil.


Le terme a été introduit en 20171 par Kelly Glazer Baron et ses collaborateurs, dans une publication du Journal of Clinical Sleep Medicine. Les auteurs décrivaient plusieurs patients devenus très préoccupés par leurs données de sommeil, au point que la recherche d'un sommeil « parfait » pouvait contribuer à leurs difficultés.


L'orthosomnie n'est pas, à ce jour, un diagnostic médical reconnu au même titre que l'insomnie ou l'apnée du sommeil. Le terme décrit plutôt un phénomène observé chez certaines personnes qui deviennent très préoccupées par la qualité ou l'optimisation de leur sommeil à partir des données de suivi.
 

Pourquoi les scores de sommeil peuvent-ils devenir anxiogènes ?

Un score de sommeil peut sembler rassurant lorsqu'il confirme que la nuit s'est bien passée. Mais lorsqu'il devient un indicateur que l'on consulte systématiquement et auquel on cherche à se conformer, il peut aussi modifier progressivement la manière dont on perçoit son sommeil.


Le risque n'est pas lié au fait de porter une montre ou d'utiliser une application en lui-même. Il apparaît plutôt lorsque les données prennent une place disproportionnée : la personne commence à surveiller son sommeil, à comparer ses nuits et à chercher à corriger chaque variation du score. Le sommeil, qui fonctionne normalement de manière largement involontaire, peut alors devenir une véritable performance à réussir

Avoir l’impression de devoir « réussir » sa nuit

Au départ, la question est simple : « Est-ce que j'ai bien dormi ? »


Puis le regard peut progressivement se déplacer vers les données : « quel est mon score ? », « combien ai-je dormi? », « ai-je eu suffisamment de sommeil profond ? », ou encore « pourquoi mon score est-il moins bon qu'hier ? ».


Cette évolution peut sembler anodine, mais elle change la relation au sommeil. Au lieu de se fier principalement à son état au réveil et à son fonctionnement pendant la journée, on peut finir par chercher à atteindre un objectif chiffré chaque nuit.


Une mauvaise note peut alors être vécue comme un échec, même lorsque la personne se sent relativement reposée. À l'inverse, un bon score peut devenir une source de réassurance dont il devient difficile de se passer.
Le sommeil n'est pourtant pas parfaitement stable. Sa durée, sa continuité et sa structure peuvent varier naturellement d'une nuit à l'autre. Une nuit différente de la précédente ne signifie donc pas nécessairement qu'elle est moins bonne ou qu'il faut modifier son comportement pour « rattraper » le résultat.


Lorsque chaque nuit devient ainsi un résultat à améliorer, le suivi du sommeil peut progressivement renforcer la pression autour du coucher. Au lieu d'être une simple information, le score devient un objectif à atteindre, avec le risque d'accorder toujours plus d'importance aux chiffres au détriment de son propre ressenti.
 

Ne plus faire confiance à son propre ressenti

Imaginez que vous vous réveilliez après une nuit qui vous semble plutôt correcte. Vous avez dormi suffisamment longtemps, vous vous sentez reposé(e) et vous ne ressentez pas de fatigue particulière.
Puis vous consultez votre montre : elle indique une quantité de sommeil profond jugée insuffisante ou un score inférieur à celui de la veille.


Le doute peut alors apparaître : « je pensais avoir bien dormi, mais ma montre dit que non. »
À force de consulter ces informations, certaines personnes peuvent finir par accorder davantage de crédit aux chiffres qu'à leurs propres sensations. Elles peuvent se demander si elles sont réellement reposées, voire interpréter une fatigue ou une baisse de vigilance à la lumière du score obtenu.


Or, le ressenti du sommeil constitue lui aussi une information importante. En pratique, l'évaluation des difficultés de sommeil ne repose pas sur une seule mesure enregistrée par un appareil : elle prend notamment en compte les symptômes ressentis, la qualité subjective du sommeil, les habitudes, les éveils et les conséquences pendant la journée.


Les données d'une montre peuvent donc apporter des indications, mais elles ne doivent pas nécessairement devenir l'arbitre de chaque nuit. Si vous vous sentez bien après une nuit dont le score est jugé moyen, ce ressenti mérite lui aussi d'être pris en considération.
 

Chercher à corriger chaque mauvaise nuit

Lorsque le score devient un objectif, une mauvaise nuit peut déclencher toute une série de tentatives pour obtenir un meilleur résultat le lendemain.


On peut alors être tenté de :

 

  • se coucher beaucoup plus tôt pour augmenter la durée de sommeil,
  • rester plus longtemps au lit pour « récupérer »,
  • modifier son activité physique uniquement en fonction du score,
  • supprimer certaines activités par crainte de perturber la nuit,
  • multiplier les techniques ou les produits censés améliorer le sommeil,
  • consulter l'application plusieurs fois au cours de la journée,
  • analyser chaque matin les variations de la nuit précédente.


Pris isolément, aucun de ces comportements n'est nécessairement problématique. C'est leur accumulation et la place qu'ils prennent qui peuvent devenir préoccupantes.


Le sommeil peut alors être traité comme un problème qu'il faudrait constamment optimiser. Une nuit légèrement moins bonne appelle une correction, puis une autre, et chaque nouvelle donnée devient une information à interpréter.


Le paradoxe est que cette volonté de tout contrôler peut justement augmenter l'attention portée au sommeil. Or, plus une personne surveille son endormissement, ses éveils, ses sensations corporelles ou les données de son appareil, plus le sommeil risque de devenir un sujet de préoccupation.


On retrouve ici un mécanisme proche de celui observé dans certaines formes d'insomnie : la volonté de contrôler le sommeil peut alimenter l'hypervigilance et l'inquiétude qui rendent justement le sommeil plus difficile.


L'objectif n'est donc pas de supprimer toute mesure ni de considérer les montres connectées comme inutiles. Il s'agit plutôt de conserver une certaine distance avec les chiffres : une donnée peut informer, mais elle ne doit pas nécessairement dicter la manière dont on dort, dont on se sent ou dont on organise sa journée.
 

Sections

Démarrez votre bilan gratuit en 3 min

Les montres connectées peuvent-elles vraiment mesurer le sommeil?

Les montres connectées ont beaucoup progressé et peuvent fournir des informations intéressantes sur le sommeil. Elles peuvent notamment estimer la durée passée à dormir, les périodes d'éveil ou certains paramètres physiologiques enregistrés pendant la nuit.


Mais il est important de comprendre ce que ces appareils mesurent réellement. Une montre portée au poignet n'observe pas directement l'activité du cerveau pendant que vous dormez. Elle recueille différents signaux, puis utilise des algorithmes pour estimer ce qui s'est probablement passé au cours de la nuit.
 

Les montres connectées donnent des estimations, pas une mesure parfaite

Pour déterminer si une personne dort ou est éveillée, les montres connectées s'appuient notamment sur les mouvements du corps et, selon les modèles, sur la fréquence cardiaque, la variabilité de la fréquence cardiaque ou d'autres signaux physiologiques.


À partir de ces informations, l'appareil peut estimer les périodes de sommeil et d'éveil et calculer différents indicateurs : durée totale de sommeil, nombre de réveils, temps passé au lit ou encore score global de sommeil.


Ces données peuvent être intéressantes lorsqu'elles sont observées sur plusieurs nuits. Une tendance qui se répète peut par exemple permettre de repérer une modification des habitudes de sommeil ou de constater qu'une période est plus régulière qu'une autre.


Il faut toutefois garder à l'esprit qu'il s'agit d'estimations. La montre ne « voit » pas directement le sommeil et ne peut pas toujours distinguer avec précision un état de sommeil d'un état d'éveil calme, notamment lorsque la personne reste immobile au lit.


Autrement dit, une montre peut fournir des indications utiles sur votre sommeil, mais ses données doivent être interprétées comme des estimations et non comme des mesures médicales exactes.
 

Les stades du sommeil sont plus difficiles à estimer

La question devient encore plus complexe lorsqu'il s'agit de déterminer dans quelle phase du sommeil vous vous trouvez.


Le sommeil est composé de différents stades, notamment le sommeil léger, le sommeil profond et le sommeil paradoxal. En laboratoire, leur identification repose principalement sur la polysomnographie, une méthode qui enregistre plusieurs paramètres physiologiques pendant la nuit, dont l'activité électrique du cerveau, les mouvements des yeux et l'activité musculaire.


Une montre connectée ne dispose généralement pas de l'ensemble de ces informations. Elle utilise donc les signaux dont elle dispose et des algorithmes pour estimer les différents stades du sommeil.
Cela explique pourquoi deux appareils peuvent parfois fournir des résultats différents pour une même nuit. Les performances peuvent également varier selon les personnes, les appareils et le paramètre étudié.


Une étude publiée en 20241 par Kainec, K. A., dans la revue Sensors, a justement comparé cinq dispositifs commerciaux de suivi du sommeil à des méthodes de référence, dont la polysomnographie et l'actographie de recherche. Kainec K. A et ses collaborateurs ont observé des différences de performance entre les dispositifs et selon les paramètres évalués. Ces résultats illustrent les limites à prendre en compte lorsque l'on interprète les données fournies par les objets connectés. 


Il faut donc être particulièrement prudent avec les chiffres qui semblent très précis. Une application peut par exemple afficher « 52 minutes de sommeil profond » ou « 1 h 43 de sommeil paradoxal », mais cette précision apparente ne signifie pas que ces valeurs ont été mesurées directement comme elles pourraient l'être lors d'un examen du sommeil.


Une montre peut donc être utile pour observer des tendances, mais son score ou ses estimations de stades ne doivent pas être considérés comme un diagnostic ni comme une mesure clinique exacte de chaque nuit.


C'est d'autant plus important dans le contexte de l'orthosomnie : si l'on commence à considérer chaque chiffre comme une vérité absolue, une estimation imparfaite peut rapidement devenir une nouvelle source d'inquiétude.
 

Que valent réellement les données de votre montre ?

Les données de votre montre peuvent être utiles pour observer certaines tendances sur plusieurs nuits, mais elles ne sont pas à interpréter comme une mesure exacte de votre sommeil. Une variation ponctuelle du score ou du temps de sommeil ne signifie pas nécessairement que votre nuit a été mauvaise.


L’intérêt est donc surtout de prendre du recul sur ces informations : elles peuvent compléter votre observation, sans remplacer votre ressenti, votre niveau de fatigue dans la journée et l’évolution de vos difficultés de sommeil.


Il n’est pas nécessaire de chercher à obtenir chaque matin le meilleur score possible. Plus les données deviennent une source de vérification ou d’inquiétude, plus il peut être utile de prendre de la distance avec leur consultation.
 

Comment savoir si le suivi du sommeil vous aide ou vous nuit ?

Une montre connectée peut être un outil intéressant lorsqu'elle permet de mieux comprendre ses habitudes de sommeil sans devenir une source de préoccupation supplémentaire.


Le problème apparaît lorsque les données prennent progressivement plus de place que les sensations. Le réveil devient alors le moment où l'on découvre son « résultat » de la nuit, et une mauvaise note peut suffire à modifier la manière dont on perçoit son sommeil ou sa journée.


Cette préoccupation excessive autour des données de sommeil fait partie des situations décrites sous le terme d'orthosomnie. Dans les cas rapportés dans la littérature, la recherche d'un sommeil considéré comme optimal peut notamment s'accompagner d'une surveillance accrue et d'une volonté de corriger constamment les résultats obtenus.


Mais il n'est pas nécessaire d'en arriver à une véritable obsession pour que le suivi devienne contre-productif. Parfois, quelques changements dans votre comportement suffisent à montrer que les chiffres commencent à occuper une place trop importante.
 

Posez-vous ces cinq questions

Ce petit test n'est pas un outil permettant de diagnostiquer l'orthosomnie. Il sert simplement à prendre du recul et à observer la place que les données occupent dans votre relation au sommeil.

 

Est-ce que je consulte mon score dès que je me réveille ?

Votre premier réflexe est-il de regarder votre montre ou votre téléphone avant même de vous demander comment vous vous sentez ?

 

Est-ce que mon humeur dépend du résultat affiché ?

Un score bas suffit-il à vous faire penser que vous avez mal dormi, même lorsque vous vous sentez plutôt bien ? À l'inverse, un score élevé vous rassure-t-il systématiquement ?

 

Est-ce que je fais davantage confiance à ma montre qu'à mes propres sensations ?

Remettez-vous en question votre ressenti lorsque l'application vous indique une nuit « mauvaise » ou un manque de sommeil profond ?

 

Est-ce que je modifie mes activités ou mes habitudes uniquement pour améliorer mon score ?

Vous couchez-vous plus tôt, restez-vous davantage au lit, annulez-vous certaines activités ou multipliez-vous les stratégies pour obtenir une meilleure note le lendemain ?

 

Est-ce que je suis devenu plus inquiet concernant mon sommeil depuis que je le mesure ?

Comparez-vous davantage vos nuits, pensez-vous plus souvent à votre sommeil ou vous arrive-t-il de chercher régulièrement comment améliorer votre prochain score ?


Si vous répondez « oui » à plusieurs de ces questions, cela ne signifie pas que vous souffrez d'orthosomnie. Ce questionnaire n'a pas de valeur diagnostique. Il peut simplement vous aider à constater que le suivi du sommeil prend peut-être plus de place qu'il ne devrait.
Dans ce cas, vous pouvez commencer par réduire la fréquence de consultation des données, notamment au réveil, et observer si cela modifie votre rapport au sommeil.
 

Évitez de consulter votre score dès le réveil

Avant de regarder votre montre, demandez-vous simplement : « Comment est-ce que je me sens ce matin ? »


Votre niveau de fatigue, votre vigilance, votre humeur ou votre impression générale après la nuit sont des informations importantes. Le score peut éventuellement venir ensuite, mais il ne devrait pas remplacer votre ressenti.


Si votre montre indique une « mauvaise » nuit alors que vous vous sentez bien, il n'est pas nécessaire de remettre immédiatement en question vos sensations. À l'inverse, si vous êtes régulièrement fatigué ou somnolent malgré des scores élevés, cet écart mérite davantage d'attention qu'un chiffre pris isolément.


L'objectif n'est donc pas d'ignorer les données, mais de leur donner une place proportionnée : elles peuvent compléter votre observation sans devenir la seule manière d'évaluer votre sommeil.
 

Ne cherchez pas à obtenir un sommeil parfait

Le sommeil n'est pas une performance à réussir chaque nuit. Sa durée et sa continuité peuvent naturellement varier d'une nuit à l'autre, sans que chaque variation traduise un problème.


Le risque apparaît lorsque les données transforment progressivement le sommeil en objectif chiffré : atteindre huit heures, augmenter son sommeil profond ou obtenir une meilleure note le lendemain.


Cette recherche permanente du « bon » résultat peut renforcer l'attention portée au sommeil et la pression ressentie au moment de se coucher. Une approche plus souple consiste au contraire à accepter qu'une nuit puisse être différente de la précédente, sans chercher systématiquement à corriger chaque variation.
 

Si l'insomnie est installée, privilégiez une évaluation structurée

Une montre connectée et un agenda du sommeil ne répondent pas exactement au même objectif.


Un dispositif connecté fournit des estimations à partir de différents signaux physiologiques et comportementaux. Un agenda du sommeil, lui, permet de recueillir de manière structurée les horaires de coucher et de lever, les périodes d'éveil, le temps passé au lit, mais aussi le ressenti et les conséquences du sommeil sur la journée.


Cette différence devient particulièrement importante lorsque les difficultés de sommeil persistent. L'enjeu n'est alors pas seulement de savoir ce qu'une application estime de votre nuit, mais de comprendre comment les difficultés se manifestent et quels mécanismes peuvent les entretenir.


Dans le cadre de l'insomnie chronique, cette observation peut s'intégrer à une prise en charge plus globale, notamment la thérapie cognitivo-comportementale de l'insomnie (TCC-I), qui travaille sur les habitudes, les comportements et les pensées susceptibles de maintenir les difficultés.


Si vous utilisez déjà une montre connectée, vous n'avez donc pas nécessairement besoin de l'abandonner. Mais lorsque le sommeil devient une source de préoccupation permanente, une évaluation structurée peut être plus pertinente que l'accumulation de scores et de statistiques.
Le bon outil n'est finalement pas celui qui fournit le plus de chiffres, mais celui qui aide à mieux comprendre le sommeil sans inciter à le surveiller en permanence.
 

Le paradoxe du contrôle : vouloir parfaitement dormir peut empêcher de dormir

Le sommeil présente un paradoxe : plus on cherche à le contrôler, plus il peut devenir difficile de le laisser venir naturellement.


Lorsqu'une personne commence à surveiller attentivement ses nuits, chaque détail peut progressivement prendre de l'importance : l'heure du coucher, le temps nécessaire pour s'endormir, les réveils nocturnes, la durée du sommeil profond ou encore le score affiché au réveil.


Ce qui était au départ une simple information peut alors devenir une source d'anticipation et de préoccupation.
 

Plus on surveille, plus le sommeil peut devenir une préoccupation

La surveillance du sommeil peut progressivement alimenter une succession de questions :

  • « Est-ce que je vais réussir à dormir ? »,
  • « Combien d'heures me reste-t-il ? »,
  • « Est-ce que mon sommeil profond sera suffisant ? »,
  • « Quel sera mon score demain matin ? ».


Lorsque ces questions prennent de plus en plus de place, l'attention reste centrée sur le sommeil alors même que celui-ci nécessite justement de pouvoir relâcher une partie de ce contrôle.


Cette surveillance peut ainsi contribuer à maintenir une forme d'hypervigilance : on observe davantage les signes d'éveil, on anticipe les conséquences d'une mauvaise nuit et on cherche à vérifier si le sommeil correspond à ce que l'on considère comme « normal » ou suffisant.


Les données fournies par les montres connectées peuvent parfois s'intégrer à cette dynamique. Une information initialement destinée à mieux comprendre son sommeil peut devenir un nouvel élément à surveiller, à interpréter ou à essayer d'améliorer.


Une étude publiée en 20231 dans Sleep par Spina, M. A. et ses collaborateurs s'est justement intéressée à l'utilisation de données issues de dispositifs de suivi chez des personnes présentant des symptômes d'insomnie. Les chercheurs ont étudié la manière dont le retour d'informations sur le sommeil et les perceptions que les participants avaient de leurs nuits pouvaient intervenir dans une approche de l'insomnie. 


Ces travaux illustrent un point important : dans l'insomnie, les données objectives ou estimées ne peuvent pas être considérées indépendamment de la manière dont la personne perçoit et interprète son sommeil.
 

Que propose une approche comportementale de l'insomnie ?

Lorsque le suivi du sommeil devient une source de contrôle et d'inquiétude, la réponse n'est pas nécessairement de trouver un nouvel outil pour mesurer ses nuits avec davantage de précision.


Il peut au contraire être utile de s'intéresser à ce qui entretient les difficultés de sommeil.


Dans l'insomnie, certains mécanismes peuvent progressivement s'installer : peur de ne pas dormir, ruminations, surveillance du sommeil, temps prolongé passé éveillé au lit ou encore comportements destinés à compenser une mauvaise nuit.


C'est notamment sur ces mécanismes qu'agit la thérapie cognitivo-comportementale de l'insomnie (TCC-I). Elle ne se limite pas à donner des conseils d'hygiène de sommeil : elle associe différentes stratégies comportementales et cognitives destinées à agir sur les facteurs susceptibles de maintenir l'insomnie.
 

Agir sur ce qui entretient l'insomnie

L'approche comportementale ne cherche pas à faire disparaître toutes les variations naturelles du sommeil. Elle vise plutôt à identifier et à modifier progressivement certains mécanismes susceptibles d'entretenir les difficultés, notamment :

 

  • les habitudes de sommeil qui se sont progressivement installées,
  • les comportements adoptés pour compenser les mauvaises nuits,
  • les pensées anxieuses associées au sommeil,
  • la peur de ne pas dormir ou de ne pas être en forme le lendemain,
  • l'hypervigilance et la surveillance constante du sommeil,
  • l'association progressive entre le lit et l'éveil, l'attente ou la frustration.

 

Par exemple, après plusieurs mauvaises nuits, une personne peut décider de se coucher beaucoup plus tôt, de rester plus longtemps au lit le matin ou de multiplier les siestes pour essayer de récupérer.


Ces réactions peuvent sembler logiques sur le moment, mais certaines peuvent contribuer à maintenir les difficultés lorsqu'elles deviennent systématiques.


Il en va de même de la surveillance permanente : regarder fréquemment l'heure pendant la nuit, analyser chaque matin ses données ou chercher à comprendre chaque variation peut maintenir l'attention centrée sur le sommeil.


La TCC-I cherche donc moins à « perfectionner » le sommeil qu'à modifier progressivement les mécanismes comportementaux et cognitifs qui peuvent contribuer à entretenir l'insomnie.


Les recommandations européennes actualisées en 20232 par Riemann, D. et ses collaborateurs et publiées dans le Journal of Sleep Research, placent d'ailleurs la TCC-I comme traitement de première intention de l'insomnie chronique chez l'adulte.

Retrouver une relation plus sereine avec son sommeil

L'un des objectifs de la TCC-I est de permettre à la personne de retrouver progressivement une relation moins anxieuse avec son sommeil.


Plutôt que de se demander chaque matin si la nuit a été suffisamment longue, si le sommeil profond a été assez important ou si le score est meilleur que la veille, il s'agit progressivement de sortir de cette surveillance permanente.


Cela peut passer par différentes stratégies comportementales et cognitives : modifier certaines habitudes, travailler sur les pensées qui entretiennent l'inquiétude autour du sommeil, rétablir une association plus naturelle entre le lit et le sommeil ou encore apprendre à réagir différemment lors des réveils nocturnes.


À force d'anticiper une mauvaise nuit, de craindre de rester éveillé ou de penser déjà aux conséquences du lendemain, peut progressivement s'installer la peur de ne pas dormir : pourquoi elle entretient l’insomnie et comment s’en libérer ? Cette inquiétude peut alors devenir une préoccupation à part entière et renforcer la pression autour du sommeil.


Le but n'est pas de contrôler davantage le sommeil, mais au contraire de réduire la pression qui l'entoure.


Cette distinction est particulièrement importante dans le contexte des montres connectées. Lorsque les données renforcent les inquiétudes ou le besoin de vérifier constamment la qualité de ses nuits, prendre un peu de distance peut être plus utile que chercher à obtenir des mesures toujours plus précises.


L'objectif n'est donc pas d'apprendre à « réussir » son sommeil ni d'obtenir chaque matin le meilleur score possible. Il s'agit plutôt de retrouver progressivement un sommeil moins surveillé, moins contrôlé et plus spontané.
 

Faut-il arrêter de porter sa montre pour mieux dormir ?

Pas nécessairement. Une montre connectée n'est pas en elle-même problématique pour le sommeil.


Certaines personnes l'utilisent simplement pour observer leurs habitudes ou suivre certaines tendances au fil du temps, sans que les résultats modifient leur humeur ou leur comportement.


La question est donc moins de savoir s'il faut porter une montre que de se demander quelle place occupent les données qu'elle fournit.


Si elles restent des informations parmi d'autres et ne génèrent pas d'inquiétude particulière, il n'y a pas nécessairement de raison d'arrêter le suivi.


En revanche, si vous regardez systématiquement votre score au réveil, doutez de votre ressenti à cause des résultats affichés ou modifiez constamment vos habitudes pour améliorer vos données, prendre temporairement de la distance peut être utile.


Autrement dit, ce n'est pas la présence d'une montre qui caractérise l'orthosomnie, mais la place que les données prennent dans la relation au sommeil.
 

Prenez de la distance si les données vous préoccupent

Si vous remarquez que votre score influence votre humeur ou vos comportements, vous pouvez essayer de ne plus consulter vos données pendant quelque temps, tout en continuant éventuellement à porter votre montre si vous le souhaitez.


L'objectif n'est pas de vérifier à tout prix si vous dormez « mieux » sans connaître votre score. Il s'agit plutôt d'observer ce qui se passe lorsque cette information disparaît temporairement de votre quotidien.


Pensez-vous moins à votre sommeil pendant la journée ? Êtes-vous moins préoccupé par la nuit précédente ? Ressentez-vous moins le besoin de chercher ce que vous auriez pu faire différemment pour améliorer votre score ?


Cette prise de distance peut également permettre de redonner davantage de place à d'autres indicateurs : votre ressenti au réveil, votre niveau de vigilance et d'énergie pendant la journée ou encore l'évolution de vos difficultés de sommeil sur plusieurs semaines.


Si les données restent utiles sans générer de préoccupation particulière, il n'est pas nécessaire de les écarter. Mais lorsqu'elles deviennent une source de contrôle ou d'inquiétude, réduire leur consultation peut aider à retrouver un rapport plus souple au sommeil.
 

Quand faut-il consulter pour des problèmes de sommeil ?

Il serait réducteur d'attribuer toutes les difficultés de sommeil à l'orthosomnie. Une personne peut aussi être préoccupée par les données de sa montre parce qu'elle rencontre réellement des difficultés de sommeil.


Celles-ci peuvent avoir différentes causes : insomnie, stress ou anxiété, troubles respiratoires du sommeil, syndrome des jambes sans repos, douleurs, changements hormonaux, certains traitements ou encore habitudes susceptibles de perturber le sommeil.


Une montre peut éventuellement apporter des informations complémentaires, mais elle ne remplace pas l'évaluation des symptômes, de leur évolution et de leur retentissement au quotidien.
 

Le score de votre montre ne permet pas de poser un diagnostic

Un score de sommeil, même lorsqu'il est présenté sous la forme d'une note très précise, ne constitue pas un diagnostic médical.


Une montre connectée ne permet pas, à elle seule, de diagnostiquer :

  • une insomnie,
  • une apnée du sommeil,
  • un autre trouble du sommeil.

 

Les dispositifs grand public estiment certains paramètres à partir de différents signaux physiologiques et comportementaux. Leurs méthodes et leur précision varient selon les appareils et les paramètres étudiés, notamment lorsqu'il s'agit d'estimer les différents stades du sommeil.


Un score considéré comme « mauvais » ne signifie donc pas nécessairement que vous souffrez d'un trouble du sommeil. À l'inverse, un score rassurant ne permet pas d'écarter un problème lorsque des symptômes sont présents.


Dans le cas de l'insomnie, l'évaluation repose notamment sur les difficultés rencontrées, leur fréquence, leur durée et leurs conséquences pendant la journée. Les recommandations européennes de 2023 soulignent ainsi l'importance d'une évaluation structurée, comprenant notamment l'histoire du sommeil et l'utilisation d'outils comme les questionnaires et l'agenda du sommeil.
 

Certains symptômes doivent attirer l'attention

Certains signes méritent davantage d'attention que le score affiché par une application, en particulier lorsqu'ils persistent ou ont des conséquences importantes pendant la journée.


Il est notamment recommandé d'en parler à un professionnel de santé en présence de symptômes tels que :

  • une somnolence diurne importante,
  • une fatigue persistante,
  • des ronflements importants ou inhabituels,
  • des pauses respiratoires observées pendant le sommeil,
  • des sensations d'étouffement ou de suffocation nocturne,
  • des difficultés de sommeil persistantes,
  • un retentissement important sur la vigilance, l'humeur, les activités ou la qualité de vie.

 

Des ronflements associés à des pauses respiratoires observées, à des sensations d'étouffement ou à une somnolence diurne importante peuvent notamment conduire à rechercher un trouble respiratoire du sommeil, comme une apnée obstructive du sommeil.


Dans ces situations, l'évaluation repose sur les symptômes, le contexte et, lorsque cela est nécessaire, des examens adaptés, plutôt que sur le seul score fourni par une montre.


La technologie peut donc accompagner l'observation du sommeil, mais elle ne doit ni remplacer l'évaluation de la personne ni retarder une consultation lorsque les difficultés persistent ou deviennent importantes.


Lorsque le problème relève davantage d'une insomnie qui s'installe dans le temps, l'enjeu n'est pas seulement de mesurer ses nuits, mais de mieux comprendre ce qui peut entretenir les difficultés. Les habitudes, les pensées autour du sommeil ou encore certaines réactions face aux éveils nocturnes peuvent notamment jouer un rôle. Une approche s'intéresse précisément à ces différents mécanismes.

La Thérapie Comportementale de l'Insomnie, comment ça fonctionne ? Le programme ThéraSomnia s'appuie sur cette démarche en proposant un accompagnement adapté aux difficultés rencontrées. À partir notamment d'un agenda du sommeil, il aide à mieux observer ses rythmes, à ajuster certaines habitudes et à prendre du recul sur les croyances autour du « bon sommeil ». Le travail porte également sur la manière de réagir aux éveils nocturnes et, plus largement, sur les comportements et les pensées susceptibles d'entretenir l'insomnie.

L'objectif est de mieux comprendre ce qui maintient les difficultés afin d'agir progressivement sur ces mécanismes, plutôt que de chercher à contrôler toujours davantage son sommeil.

FAQ

Qu'est-ce que l'orthosomnie ?

L'orthosomnie désigne une préoccupation excessive autour de l'obtention d'un sommeil considéré comme parfait, souvent alimentée par les données de suivi du sommeil. Le terme a été introduit dans la littérature scientifique en 2017, mais il ne correspond pas à un diagnostic médical officiellement reconnu.

Les montres connectées mesurent-elles vraiment le sommeil ?

Elles fournissent des estimations du sommeil à partir de différents signaux physiologiques et comportementaux. Elles peuvent être utiles pour observer certaines tendances, mais elles ne remplacent pas une évaluation clinique ou une polysomnographie lorsqu'un examen du sommeil est nécessaire.

Faut-il arrêter de suivre son sommeil ?

Pas nécessairement. Si le suivi vous aide à observer certaines tendances sans vous inquiéter, il peut rester utile. En revanche, si les données deviennent une source de stress ou influencent excessivement vos comportements, prendre de la distance avec le suivi peut être bénéfique.

Pourquoi mon score de sommeil me stresse-t-il ?

Un score peut transformer le sommeil en objectif à atteindre. Lorsque vous commencez à surveiller votre résultat, à comparer vos nuits et à chercher à corriger chaque variation, vous pouvez progressivement accorder une attention excessive au sommeil.

Comment savoir si je dors vraiment mal ?

Le score d'une montre ne suffit pas. Il faut notamment prendre en compte la qualité ressentie du sommeil, les réveils, la fatigue ou la somnolence pendant la journée et le retentissement sur la vie quotidienne. Lorsque les difficultés persistent, un professionnel de santé peut réaliser une évaluation plus complète.

Votre montre vous donne un chiffre, mais ce chiffre ne résume pas à lui seul la qualité de votre sommeil. Si vos difficultés persistent ou si votre sommeil devient une source de préoccupation, ThéraSomnia propose plusieurs formules d'accompagnement fondées sur les thérapies cognitivo-comportementales de l'insomnie, pour vous aider à mieux comprendre vos difficultés et à agir progressivement sur les mécanismes qui les entretiennent.

Découvrez les offres ThéraSomnia

  |  
Article
Voting

0 avis

0

Démarrez votre bilan gratuit en 3 min

Ajouter un commentaire

Restricted HTML

  • Balises HTML autorisées : <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Replaces smiley icons paths left from non-multisite environment with new ones

Dans la même série

Autres sujets similaires

Envie de retrouver un sommeil de qualité ?

Faites le bilan de votre hygiène de sommeil en 3 min
Vous n'avez pas trouvé votre bonheur ?

Découvrez les témoignages de nos abonnés !

  • "Je dors toute la nuit d'un sommeil très réparateur"

    En suivant le parcours élaboré par ce programme et les nombreux conseils, j’ai pu appliquer toutes les consignes et après un peu plus d’un mois de pratique mon sommeil s’est amélioré de jour en jour.

    Huguette, 59 ans, Clermont-Ferrand

  • "Je dors merveilleusement bien et mes nuits sont très récupératrices !"

    Les améliorations ont été progressives. L’enseignement majeur de la méthode pour moi est de différencier la fatigue et les signaux du sommeil. Aller se coucher parce qu’on a identifié les signaux de sommeil.
    Je dors merveilleusement bien et mes nuits sont très récupératrices!

    Michelle, 64 ans, Hyères

  • "Je fais enfin des nuits réparatrices, le sommeil n'est plus un problème"

    Je suis encore surprise par les résultats obtenus en 3 mois. Si je me réveille la nuit sans me rendormir, je me lève pour lire entre 10 et 20 mn et le sommeil revient sans problème. Je recommande le…

    Marie, 58 ans, Bourg en Bresse

  • "J'ai retrouvé le sommeil, la forme et la sérénité en moins de 3 mois"

    J'ai retrouvé une énergie que je ne soupçonnais plus, mes capacités cognitives se sont également restaurées. En environ 3 mois, des problèmes de sommeil insolubles se sont régulés.

    Dominique, 59 ans, Bastia

  • "Maintenant j'ai des vraies nuits et je me sens beaucoup mieux."

    Aujourd'hui mon endormissement est plus rapide, j'ai une meilleure mémoire, je suis de meilleure humeur. Grâce au programme j'ai appris que mauvaise nuit ne veut pas forcément dire mauvaise journée.

    Evelyne, 61 ans, Alençon

  • "J'ai atteint mon objectif : je ne suis plus insomniaque"

    Maintenant, je me sens beaucoup moins fatiguée. Je dors en moins de 50 minutes, notamment grâce aux techniques de relaxation : c’est un besoin maintenant, ça me fait beaucoup de bien !

    Charlotte, 38 ans, Paris. 

Transverse - Arguments programme

ThéraSomnia® est un dispositif médical

  • Parcours adapté

    Un parcours adapté à votre problématique

  • Un coach Psychologue à votre écoute

    Un coach Psychologue à votre écoute

  • Une communauté pour partager

    Une communauté pour partager

  • contact

    09 81 41 35 22 - Du lundi au samedi de 10h à 19h